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Comment faire en sorte que la semaine de 4 jours soit plus qu’un slogan à la mode ?

En ce début d’année 2024, la semaine de 4 jours est sur toutes les lèvres, à commencer par celles du Premier Ministre, Gabriel Attal, qui rappelait dans son discours de politique générale, mardi 30 janvier 2024, qu’il souhaitait que l’État montre l’exemple et ouvre la voie à l’expérimentation.

« Pour ou contre la semaine de 4 jours ? » : cette question suscite, en effet, autant de réactions vives dans le débat public que de questionnements vigoureux au sein des entreprises.

 

Riccardo Milani / Hans Lucas

Mais d’abord, il faut rappeler que la question de la semaine de 4 jours peut être abordée sous différents angles qui confèrent une tonalité très différente à sa compréhension. En effet, on peut la voir sous le prisme du contrat social : quelle société voulons-nous dans notre rapport au travail ? Ou bien sous celui des conditions de travail : comment réduire les facteurs de risques psychosociaux ? Ou encore sous l’angle de l’attractivité : comment se différentier pour attirer et retenir les talents dans l’entreprise ? Et enfin sous le prisme de la productivité : quels aménagements du temps de travail prévoir pour que les collaborateurs travaillent mieux ?

Pour aborder ce sujet, il y a une première question à se poser : s’agit-il pour les salariés d’être payés 5 jours en en travaillant seulement 4 ou bien de percevoir 20% de moins sur leur salaire avec un jour qui serait alors « chômé » ?  Cette question liminaire est à prendre au sérieux car elle conditionne la suite du débat. Apparaissent ainsi deux sujets centraux dans cette nouvelle organisation du temps de travail : la question de la productivité, d’une part, et celle de la qualité de vie au travail, d’autre part.

 

Pour revenir au souhait de Gabriel Attal, ce dernier a demandé à ses ministres d’expérimenter dans leurs administrations des semaines de travail plus denses mais sur quatre journées, sous-entendu : avec le même niveau de salaire. En réalité, on parle donc ici de la semaine en 4 jours plutôt que de la semaine de 4 jours. Il ne s’agit donc pas d’une démarche de réduction du temps de travail, dans la suite logique des 35 heures, mais bien plutôt d’une nouvelle répartition du temps de travail sur quatre jours.

C’est donc une question d’ordre social voire politique qui se pose ici.

Boston College et University of Cambridge ont publié une étude du passage à la semaine de 4 jours, conduite entre juin et décembre 2022 auprès de 61 entreprises britanniques. Cet essai, sans perte de salaire mais avec une « réduction significative du temps de travail » pour les 3 000 salariés concernés, a montré des résultats sans appel en matière de santé et qualité de vie au travail : un stress diminué de 39%, 71% de burnouts en moins, la réduction de 57% des démissions sur la période alors même que le chiffre d’affaires augmentait de 1,4%. Selon cette étude, la semaine de 4 jours constituerait donc la promesse d’un réarrangement hebdomadaire pour davantage de temps personnel, ce qui favoriserait l’équilibre vie professionnelle et vie personnelle. Ainsi, les collaborateurs seraient plus motivés à travailler et seraient donc plus efficaces sur leurs 4 jours de travail, ce qui pourrait influencer positivement le chiffre d’affaires de l’entreprise qui verrait aussi son attractivité envers les candidats croître. Un beau cercle vertueux en perspective.

Dans la réalité, les choses sont souvent plus complexes. Il est ainsi très utile d’interroger le « travail réel » et c’est précisément ce que nous faisons chez Plein Sens. En effet, il ne suffit pas d’établir une solution théorique dans l’espoir qu’elle fonctionne. Il faut rechercher les contraintes de l’activité qui ne sont pas forcément explicites et s’assurer que la semaine de 4 jours ne va pas créer de nouveaux problèmes ou accentuer des difficultés d’ores et déjà existantes dans la réalisation du travail. Il s’agit alors d’aller interroger les vécus au travail pour mobiliser le terrain afin de nourrir des réflexions, des formules même peut-être, et trouver des modalités d’implémentation pertinentes.

C’est précisément ce que nous avons fait avec l’un de nos clients, une société du retail qui souhaitait mettre en place la semaine de 4 jours au sein de ses équipes, tout en élargissant ses horaires d’ouverture. Cela constituait un vrai défi organisationnel du temps de travail à prendre en compte.

Dans un premier temps, nous nous sommes attachés à bien comprendre la diversité des métiers et des activités. Nous avons analysé avec les salariés et les managers les difficultés auxquelles il faut répondre dans le passage à la semaine de 4 jours.

Dans un deuxième temps, nous avons recueilli sur le terrain les attentes et les craintes, ce qui permet d’appréhender les représentations sur la semaine de 4 jours. Il est important de collecter, dans cette phase, les réponses que les personnes envisagent si leur activité ne leur permet pas de passer à la semaine de 4 jours. Repos, souplesse, liberté, horaires décalés, plus d’autonomie, absences : ces entretiens ont permis de comprendre de quoi on parle et de savoir quelles sont les aspirations du corps social.

Enfin, dans un troisième temps, il s’agissait de se demander ce qu’on pourrait faire évoluer en fonction des contraintes économiques et de l’activité, d’une part, et des attentes des managers et des salariés, d’autre part. Il est alors possible de tester plusieurs scenarios sur plusieurs équipes. Le protocole d’expérimentation (à quelle échelle ? sur quelle durée ? quels indicateurs ou paramètres prendre en compte ?) dépend donc des évolutions envisagées.

Chez Plein Sens, nous sommes convaincus que c’est à travers la négociation avec les différentes parties prenantes que celles-ci seront convenablement  »outillées » pour changer de cadre organisationnel.

Dans cette perspective, selon Pierre-Guillaume Ferré, associé chez Plein Sens, « introduire la question du travail réel pour formuler une problématique liée à l’amélioration du cadre de travail, dans l’intérêt général de l’entreprise et des travailleurs, permet d’aboutir à une solution de semaine de 4 jours plus soutenable à tout point de vue. »

 

En fin de compte, alors qu’a été lancée une mission parlementaire sur la semaine de 4 jours à l’Assemblée nationale mercredi 31 janvier 2024, cela nécessite de réfléchir à la pertinence de sa mise en place au cas par cas pour œuvrer concrètement dans la réflexion et son éventuelle implémentation à ce que la semaine de 4 jours soit plus qu’un slogan à la mode.