Espaces de discussion sur le travail (EDT) : Lauriane Domette, consultante de Plein Sens a soutenu avec succès une thèse CIFRE sur ces dispositifs

Dans ses travaux, Les dispositifs de discussion sur le travail : conception pour l’usage, conception dans l’usage, Lauriane Domette interroge les modalités d’utilisation prévues et réelles de ces dispositifs, les conditions de pérennité d’une telle discussion sur le travail dans les organisations, les méthodologies d’intervention à même de la développer et de la soutenir dans le temps, ainsi que ses effets et implications en termes de management, de participation et de prise de décision. La thèse a été soutenue avec succès le 28 mai dernier auprès d’un jury composé d’Yves Clot (Président du jury), Mathieu Detchessahar, Pierre Falzon (Directeur de thèse), Viviane Folcher, Etienne Forcioli Conti, Vanina Mollo et Laurent Van Belleghem.

Le constat

Au départ, la prise en compte du développement croissant des dispositifs de discussion sur le travail au sein des entreprises et dans la littérature :

  • Côté entreprises, la survenue de suicides dans plusieurs grands groupes au début des années 2000 a amorcé une prise en compte des réalités du travail et mis en avant la nécessité de « recréer des espaces pour discuter des difficultés, finalités et modalités du travail » (Ughetto, 2018, p.14), celle-ci étant par ailleurs institutionnellement soutenue par le droit d’expression des lois Auroux de 1981, renouvelé dans l’Accord National Interprofessionnel de 2013 ;
  • Côté recherche, les auteurs de plusieurs sciences du travail (ergonomie, psychologie du travail, psychodynamique du travail, gestion) développent des méthodologies d’intervention et de discussion visant la construction de systèmes alternatifs de management, d’organisation, voire de gouvernance, qui permettent une meilleure prise en compte de la réalité du travail dans les processus d’organisation et de décision.

Terrain d’enquête

Les travaux de recherche ont porté sur des dispositifs de discussion sur le travail mis en place par Plein Sens au sein de quatre entreprises : deux organismes de protection sociale, une institution bancaire et La Poste. Elle retrace plus spécifiquement la façon dont ces dispositifs ont été conçus puis adaptés, par les agents, les managers et les organisations qui les ont utilisés. Leur évolution a ainsi été retracée à deux échelles temporelles :

  • d’une entreprise à l’autre, pour caractériser les formes des dispositifs prévues par les concepteurs selon les contextes particuliers de chaque entreprise ;
  • au sein de deux entreprises (l’institution bancaire et La Poste), pour analyser plus finement leurs formes prises dans l’usage et leur évolution sur deux ans (pour La Poste).

Quelles conclusions ?

Les résultats mettent en lumière des appropriations variées selon les contextes, soulignant la nécessaire adaptabilité des modalités de la discussion aux spécificités locales. Les espaces de discussion étudiés ont favorisé la régulation de situations de travail en permettant par exemple de développer des ressources, de résoudre des problèmes opérationnels, de modifier l’organisation du travail (répartition des tâches entre services ou au sein d’un service), l’environnement de travail, certaines pratiques managériales ou encore la compréhension des indicateurs au regard de la réalité du travail. Ils ont interpellé des cultures managériales traditionnellement descendantes, initiant une évolution vers un management plus participatif. En même temps, la pérennité de la discussion sous cette forme s’est trouvée limitée pour différentes raisons, telles qu’un « empilement de dispositifs managériaux », des pratiques de discussion déjà existantes sous d’autres formes, ou encore, une difficulté à dégager du temps compte-tenu des enjeux de production.

Ces résultats ouvrent des perspectives de développement des méthodes d’intervention et de discussion sur le travail, visant d’une part un soutien institutionnel de telles démarches (en aménageant « l’espace de la discussion », en organisant la subsidiarité), et d’autre part, une approche qui parte de l’activité des acteurs concernés, dans une logique de co-construction et de volontariat.

Par Karen Autret, le 19 juillet 2019.