Deuxième étude Plein Sens consacrée à l'impact de l'IA sur les métiers
Alors que l’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les entreprises françaises et alimente les interrogations sur l’avenir du travail, l’Observatoire de l’Intérim et du Recrutement a publié une étude exploratoire réalisée par Plein Sens sur les impacts dans les trois secteurs ayant le plus recours à l’intérim : la logistique, l’industrie et le BTP. D’emblée, une conclusion s’impose, l’impact de l’IA s’il est contrasté en fonction des secteurs, reste encore marginal et n’affecte pas le recours à l’intérim même s’il fait évoluer les compétences demandées aux intérimaires.
Réalisée en février 2026, cette étude qualitative(1) dresse un panorama de l’avancement des projets d’intelligence artificielle dans les secteurs de la logistique, l’industrie et le BTP, et des effets, constatés ou pressentis, sur les emplois fréquemment pourvus en intérim.
Trois enseignements principaux s’en dégagent : une diffusion très hétérogène de l’intelligence artificielle selon les secteurs, des effets encore limités sur le recours à l’intérim et des transformations déjà perceptibles dans le contenu du travail et les compétences attendues.
Une intégration de l’IA inégale selon les secteurs
Les dynamiques d’intégration de l’intelligence artificielle diffèrent fortement d’un secteur à l’autre et parfois d’une entreprise à l’autre au sein d’un même secteur. La logistique est le secteur le plus avancé, porté par une forte digitalisation, des données structurées abondantes, des capacités d’investissement importantes et un potentiel élevé d’automatisation des tâches répétitives. Les préparateurs de commandes et les manutentionnaires figurent parmi les métiers les plus exposés aux transformations liées à l’automatisation.
L’industrie présente une situation plus contrastée, quelques entreprises ont déjà engagé des démarches avancées de robotisation et d’automatisation. Les usages sont concentrés sur la maintenance prédictive, le contrôle qualité automatisé et la supervision des équipements, qui touchent surtout les opérateurs de production, les conducteurs de ligne et les opérateurs robot.
Le BTP demeure en retrait avec moins de 10 % des chefs d’entreprise qui déclarent utiliser l’IA(2), ses usages se concentrent sur la conception, les études, la planification et la maintenance des ouvrages. Les applications directement déployées sur les chantiers restent rares.
(1) L’étude s’appuie sur une analyse documentaire approfondie ainsi que sur dix entretiens semi-directifs conduits auprès de chercheurs et de consultants spécialisés dans l’IA et l’automatisation, de représentants syndicaux et professionnels de l’intérim et d’un responsable IA et data d’un grand groupe industriel.
(2) Étude sur la perception et l’intégration des outils d’intelligence artificielle dans les entreprises du BTP, menée par Plein Sens pour l’Observatoire des métiers du BTP en 2025.
Un recours à l’intérim qui se maintient malgré l’automatisation
Sur le volume d’emplois intérimaires, les effets de l’IA restent à ce jour limités et trop variables d’un cas à l’autre pour en tirer un constat d’ensemble.
Dans la logistique, la robotisation de certains grands entrepôts ne fait pas reculer le recours à l’intérim, soutenu par les besoins de flexibilité liés aux variations d’activité. Les transformations observées concernent davantage les modalités d’exécution du travail que la disparition des postes. L’exemple d’Amazon illustre cette évolution, l’usage de robots réorganise les flux et réduit les déplacements, sans que cela ne semble impacter le besoin d’intérimaires.
Le constat vaut pour l’industrie, où les métiers pourvus par l’intérim restent recherchés, et plus encore pour le BTP, où les maçons, manœuvres, plombiers ou électriciens demeurent peu concernés par ces évolutions.
Un travail qui se transforme autour de nouvelles compétences
Si les effets sur l’emploi restent encore difficiles à mesurer, les transformations les plus tangibles touchent le contenu même du travail.
L’IA contribue à faire évoluer la répartition des tâches, les modes de coordination et de supervision, ainsi que les relations entre salariés permanents et intérimaires.
Dans la logistique, elle modifie les déplacements, l’utilisation d’interfaces numériques et l’interaction avec des équipements automatisés. Dans l’industrie, elle accroît les activités de surveillance, de contrôle et de pilotage des systèmes automatisés. Selon les situations, l’automatisation allège certaines contraintes physiques ou densifie la place des écrans et les modalités du suivi de l’activité. Ces évolutions impliquent le développement de nouvelles compétences, les intérimaires interagissent davantage avec des équipements automatisés dont ils doivent interpréter les informations, ce qui valorise le pilotage des lignes, le réglage des équipements robotisés et la maintenance de premier niveau.
“On entend souvent que l’IA supprime des emplois. Ce que nous observons, c’est d’abord une transformation du contenu du travail et des compétences, dont les effets dépendent des choix d’organisation bien plus que de la technologie elle-même. Ces évolutions restent encore diffuses et c’est pour cette raison qu’il faut les observer dès maintenant, secteur par secteur”, déclare Olivier Mériaux, directeur des études de Plein Sens.
Les acteurs de l’intérim à outiller face à l’IA
Plus qu’un phénomène de substitution massive des emplois, les travaux réalisés suggèrent une transformation progressive des contenus du travail dont les effets devront continuer à être observés dans la durée. Face à des transformations encore émergentes mais susceptibles de s’accélérer dans les années à venir, Plein Sens recommande donc aux acteurs de l’intérim de renforcer leurs capacités d’observation et d’anticipation.
Contact presse :
Emilie Delozanne – emilie.delozanne@plegma.fr 06 30 60 87 35
Clémentine Chereau – clementine.chereau@plegma.fr 06 89 18 78 51
À propos de Plein Sens
Plein Sens est un cabinet de conseil indépendant et un bureau d’études spécialisé dans les relations du travail et la transformation des organisations. Il accompagne les entreprises et les institutions dans l’évolution de leurs pratiques en s’appuyant sur une approche fondée sur le dialogue et l’analyse du travail. Son approche soutient la mise en oeuvre des projets moteurs d’un progrès et d’une performance durables, de l’accompagnement à la stratégie sociale, aux transitions et à la stratégie du changement, amélioration de la QVCT et du management du travail, gestion et prévention des crises et conflictualités au travail. Fondé en 1991 par des experts des sciences cognitives et des métiers de l’étude, Plein Sens s’appuie sur une équipe pluridisciplinaire de 40 collaborateurs ainsi qu’un réseau de partenaires. Fortement ancré dans le monde de la recherche, le cabinet associe rigueur méthodologique et innovation pour proposer des solutions adaptées aux enjeux de ses clients.
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